Déc 03 2017

5L3BI Île de Baiyah AF-111 Nouveau IOTA

Nous sommes rentrés du Libéria il y a juste une semaine, nous pouvons maintenant partager avec vous les difficultés que nous avons rencontrées lors de notre tentative d’activation du nouveau IOTA AF-111 avec l’indicatif 5L3BI.

Après avoir voyagé depuis l’Europe via Amsterdam, l’avion a atterri comme prévu à Monrovia, au Libéria. C’était la première réunion de l’équipe 5L3BI. Quelques jours plus tôt, Richmond, EL2BG était parti pour Greenville en empruntant une route difficile réservée aux 4×4. Il y a rencontré des nids de poule de 1 m de profondeur, des glissements de terrain, des ponts effondrés et un terrain gravement inondé. Ce voyage prend généralement environ 6-7 heures, mais comme la saison des pluies de cette année a duré beaucoup plus longtemps que d’habitude, il a passé 4 jours à faire ce voyage. Ce voyage par route était essentiel à notre projet – c’était le seul moyen d’acheminer notre équipement et nos achats locaux dans le sud du pays.

Le reste de l’équipe avait acheté des billets d’avion via Christian Airline (MAF) et était limité en poids par la compagnie aérienne. À notre arrivée à Greenville, nous avons été ravis de rencontrer Richmond pour la 1ère fois … il avait fait le voyage sur la route et était arrivé en toute sécurité.

Beaucoup de préparations et de négociations avaient été faites lors des précédents voyages de reconnaissance. Les villageois et les anciens avaient été informés de nos intentions et attendaient notre arrivée. Cette région, le comté de Sinoe, est fondamentalement un territoire de jungle et par conséquent diverses tribus indigènes ont dû être payées. Chaque paiement nous a fait progresser un peu plus haut dans la chaîne jusqu’à ce que nous soyons présentés au maire, au commissaire et au surintendant. Il n’y a pas de doute que les prix différent en fonction de la couleur de peau – dès que les hommes blancs sont apparus, tous les accords précédents ont été annulés et presque tout a coûté 1500 $ … à chaque fois!

Bien sûr, nous n’avons pas payé ces sommes ridicules – au lieu de cela nous avons négocié avec eux et joué le jeu d’attente pour qu’ils prennent leur décision. Chaque réunion prenait habituellement entre 3 à 5 heures et finalement ils étaient d’accord pour 500 $ à la place. A répondre à ces exigences élevées, on ne tarderait pas à épuiser notre budget et, très bientôt, nos fonds ont été épuisés.

A ce stade, les membres de la chefferie Tarsue nous ont permis de sortir et de visiter le rocher. Ils ont dû se rendre compte qu’il ne nous restait plus d’argent et qu’ils avaient eu tout ce qu’ils pouvaient obtenir de nous. C’était en début d’après-midi et après une grosse averse de pluie. Oui, il y avait beaucoup de houle autour du rocher et non, le débarquement ne serait pas facile, cependant, à ce stade, il nous a semblé important de nous approcher du rocher pour trouver un point de débarquement. Le côté plat du rocher comme on le voit sur les photos est très décevant. Cette zone est constamment couverte par les vagues qui s’écrasent et est inutilisable en tant que poste de travail car elle est constamment immergée dans l’eau. Il est également entouré d’une falaise de 20 m côté sud-ouest et est donc isolé du reste de la roche. Nous avons remarqué un rebord d’où nous pourrions opérer, bien qu’il soit à environ 2 mètres au-dessus du niveau de la mer, il pourrait être possible d’y transporter l’équipement, le groupe électrogène, etc … et de trafiquer en plein air. C’est le mieux que nous pouvions espérer, alors nous avons modifié nos stations et nos plans, mais après un quasi chavirement du canot, nous avons abandonné pour la journée, prêts à revenir le lendemain matin.

Nous étions autonomes – nous avions notre propre équipement, un véhicule 4×4, de la nourriture, un abri, une génératrice, du carburant, etc… donc pendant les heures d’obscurité, la majorité de l’équipe utilisait les indicatifs EL personnels. Tous ces QSO ont été réalisés à partir du continent libérien. C’était la seule façon de communiquer avec le monde extérieur à partir de cette partie reculée du pays. Aux premières lueurs du jour, nous commencerions la planification et les préparatifs pour une nouvelle tentative de débarquement. Cependant, ce jour-là, c’était différent.

C’était le mercredi 1er novembre 2017 et après 2 jours de négociations avec un débarquement raté, nous avons chargé les canoës avec tout notre équipement à emporter au rocher. A ce stade, nous espérions réussir à débarquer et faire au mins les 1000 QSO nécessaires dans 5 Continents selon les exigences du IOTA. Tout le reste ne serait que du bonus. Les conditions sur les bandes étaient bonnes, et les bandes supérieures semblaient bonnes également.

En chargeant les canots, nous avons remarqué des visages différents parmi nous. Des gens que nous n’avions pas vus auparavant. Le maire qui nous avait présenté au surintendant et au commissaire n’était plus avec nous. Il était parti, très probablement dépenser tout l’argent que nous lui avions donné. Il avait fini son travail. Le commissaire et le surintendant étaient toujours là, et même si nous ne pouvions pas vraiment comprendre ce qui se passait exactement … nous pouvions dire d’après les vociférations et les gestuelles que les choses n’étaient pas aussi amicales que nous l’aurions souhaité. À certains moments, ces nouveaux visages étaient assez menaçants et montraient des signes d’agression envers l’homme blanc!

Finalement, nous avons appris que ces nouveaux visages étaient une tribu voisine qui interdisait à quiconque de visiter le rocher. Personne n’a jamais débarqué sur le rocher. C’est complètement contre leurs croyances et c’est strictement interdit. C’est un rocher sacrificiel et un lieu de culte, en tous cas c’est ce qu’on a voulu nous faire croire. Maintenant, il semble que ce soit le roc lui même qui soit sacré! Nous savons avec certitude qu’aucun local n’y est jamais allé en raison de leurs superstitions et et de leurs croyances. Le mot Baiyah, signifie «GRAND PAPA». D’une part, nous avons le commissaire qui nous donne la permission de débarquer sur le rocher et d’autre part, nous nous sentons menacés par cette tribu adverse, si bien qu’ils commencent à accomplir des actes de magie noire et à nous jeter des sorts pour nous empêcher de débarquer. C’est un fait certain que des humains ont été sacrifiés dans cette région, dans un passé historique de cannibalisme.

De toutes nos précédentes opérations et activités IOTA réussies, c’est la première fois que nous faisons face à cette situation. Ce sont leurs croyances, et nous devons les respecter, aussi ridicule qu’elles puissent nous paraître. Ce que nous ne pouvions pas ignorer, c’étaient les menaces, l’environnement hostile, le risque de blessures.

Même avec toutes ces folies en cours, et nous sentant plutôt vulnérables à ce stade, le commissaire nous a offert une dernière chance d’aller au rocher. Honnêtement, aucun d’entre nous ne voulait rester dans cet endroit horrible alors nous avons accepté. Après tout, le canot était déjà chargé avec notre équipement. La roche de Baiyah se trouve à environ 2 km au large de cette plantation et nous bénéficions maintenant d’un rite de passage de la part du commissaire lui-même.

À quelques mètres du rocher, nous avons été rejoints par un plus petit canoë avec des habitants locaux à bord. Encore une fois, ils nous ont jeté des sorts, et alors que nous étions toujours sous des huées de sorcellerie, un autre canot s’est approché dans le voisinage. Nous pouvions voir une foule se rassembler maintenant sur le continent, une cinquantaine de personnes environ et nous étions alors attirés par les cris et les émeutes qui éclataient à terre. Le commissaire avait-il offert ce rite de passage pour nous écarter du danger immédiat?

Nous avons appris que les deux tribus se battaient maintenant, tout ça à cause de notre visite. Une tribu a estimé qu’ils avaient été «trompés» par l’autre tribu et avaient été escroqués sur leur part d’argent que nous avons donné. Nous ne pouvions pas rester là une minute de plus. Nous ne pouvions pas rester là à regarder trois animaux être abattus sous nos yeux. Une vache, un mouton et une chèvre devaient être abattus dans le cadre d’un rituel pour notre débarquement! Non seulement cela, mais nous aurions aussi obligés de consommer toute la chair. Un pauvre chimpanzé avait une corde attachée autour de son cou et était torturé et frappé avec des bâtons de bambou. Je peux encore entendre ses cris!

Pardonnez-nous, mais à ce stade, nous en avons tous eu assez et avons pris la sage décision d’abandonner tout ce projet et de partir immédiatement. Pour nous, Occidentaux, c’est inhumain et c’est quelque chose dont nous n’avons pas l’habitude.

Le canoë nous amena directement à l’endroit où le 4×4 de Richmond était garé, nous avons immédiatement déchargé tout notre équipement et en quelques minutes, nous nous sommes dirigés vers Greenville dans l’espoir de trouver un logement. Il nous restait encore deux jours avant notre vol de retour à Monrovia, retour à la civilisation. Là nous avons trouvé à nous loger et nous avons trafiqué en utilisant nos indicatifs EL … (EI5GM – EL2GM), (EI9FBB – EL2BB), (MM0NDX – EL2EL), EL2BG & EL2DT.

Richmond est resté avec le groupe jusqu’à ce que l’avion de retour MAF pour Monrovia ai décollé et il a alors tenté le voyage de retour en 4×4 encore une fois par la route. Nous l’avons retrouvé à nouveau brièvement à Monrovia et sommes reconnaissants qu’il ait fait le voyage de retour en toute sécurité.

Quelques heures plus tard et après un adieu à Dickson EL2DT, le trio européen a dû prendre son vol pour Edimbourg, via Amsterdam.

• Avons-nous échoué? Oui.

• Avons-nous réussi à nous échapper sans dommages ni blessure? Oui.

• Avons-nous pris la bonne décision? Oui.

• Recommencerons-nous à nouveau dans le futur? Non.

Chaque membre de l’équipe a déjà investi beaucoup de temps et d’argent dans ce projet. Cet argent est perdu et ne sera jamais récupéré. Après avoir découvert et observé de telles coutumes locales, aucune équipe n’est prête à revivre cette situation. Nous serons heureux d’assister et d’aider tous les autres groupes qui souhaitent entreprendre ce projet eux-mêmes, mais honnêtement, nous déconseillons toutes tentatives dans un avenir proche.

Nous sommes toujours très reconnaissants envers les groupes DX, les fondations et les individuels qui nous ont déjà proposé de garder leurs dons et de les utiliser pour les dépenses de ce projet.

Nous invitons également toute personne ayant fait un don et souhaitant être remboursée à bien vouloir nous contacter en première instance afin que nous puissions prendre des dispositions pour le remboursement le plus tôt possible- (dxer59@gmail.com)

Merci pour votre compréhension.

73 de l’équipe 5L3BI.

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