Oct 23 2008

VO2A – Du 31 Juillet au 5 Août 2008

VO2A met NA-194 et 205 en ondes

par Cezar Trifu, VE3LYC

Depuis longtemps je voulais être à l’autre bout de l’empilage, non seulement pour l’euphorie et l’expérience, mais aussi afin de donner ma propre contribution à l’hobby pour tant de magnifiques et inoubliables moments que j’ai savourés au long des années. Pourtant, quand quelqu’un comme moi a plus de 900 IOTA confirmées, celle qu’il mettra en ondes sera évidemment une rareté et par conséquent ça ne va pas être tâche facile.

Finger Hill Is., nord du Labrador
Au début de cette année, Ken (G3OCA) et moi avons décidé de nous diriger vers les groupes d’îles NA-194 et 2 05 au centre et au nord du Labrador. Voilà quelques raisons de notre choix. Tout d’abord, ces groupes ont été activés une seule fois, il y a 14 et respectivement 13 ans et de ce fait, ils sont sur la liste des IOTA les plus recherchées. En deuxième, j’ai toujours voulu voir de mes propres yeux le paysage accidenté et admirer la beauté austère du Labrador. En troisième, ces îles se situent dans la contiguïté des régions très peuplées d’Europe et d’Amérique du Nord. Cela permet de bons contacts radio même maintenant, quand on est au plus bas du cycle solaire.
Paul Is. (centre), Labrador central
Notre base a été installée à Nain, la communauté la plus nordique au Labrador. A l’aide de Fran et Brian Williams qui habitent là-bas, j’ai contacté Paul Fenton, un guide professionnel avec Labrador Wild North Expeditions (LWNE), qui a paru enthousiaste et très déterminé. Les îles du Labrador central et nordique posent différents problèmes logistiques à cause de la présence potentielle des animaux sauvages, surtout des ours polaires et noirs. Après avoir fait une évaluation attentive, nous avons décidé que Finger Hill Is. et Paul Is., verifiées et pré-approuvées par le manager du programme IOTA, constitueront notre destination pour NA-194 et 205. Elles seront aussi des nouvelles références pour le Diplôme des Iles Canadiennes (NF-73 et 74).

Nous avons emporté à Nain peu de bagages: la TS50 de Ken et mon IC-7000, deux antennes à fil vertical, sacs de couchage, quelques vêtements et objets de toilette. A la demande de Paul, nous n’avons pris aucun insectifuge aérosol car cela aurait pu affecter l’odorat de Snook et Eiger, les deux chiens qu’il allait emmener dans cette expédition. Puisque Finger Hill Is. se trouve à 160 km N-NE de Nain, nous avons décidé de nous y rendre plutôt en hélicoptère qu’à bord d’un navire de gros tonnage. L’avantage de hélicoptère consiste dans sa disponibilité fiable et le rapide déploiement, en évitant de cette manière un long voyage et un débarquement potentiellement dangereux sur ces rivages rocheux. Le trajet vers Paul Is. a été beaucoup moins exigeant, car cette île est située à peine à quelques kilomètres de Nain.

Ken et moi, nous sommes rencontrés à Halifax le 28 juillet et le lendemain matin avons pris un vol vers Goose Bay où nous avons traîné pendant cinq longues journées, en attendant une occasion vers Nain. Malgré le beau temps à Goose Bay, à cause du plafond nuageux bas le long de la côte nordique, tous les vols vers le nord ont été annulés jour après jour. Finalement, le 4 août à midi, nous nous sommes embarqués à bord d’un avion Otter à deux moteurs qui devait nous amener à Nain, après avoir fait un petit arrêt dans chacune des cinq habitations qui parsèment le trajet. Nain est une communauté de 1200 habitants qui fait partie de Nunatsiavut, le territoire inuit du Labrador. Nous sommes arrivés vers 15 heures et nous avons été accueillis par Paul, qui nous a annoncés qu’on allait partir dans deux heures à destination de Finger Hill Is. Enfin, après avoir langui presqu’une semaine entière, nous démarrions à pleine vitesse!
Gary – le pilote de l’hélicoptère, nous trois et les deux chiens bien entassKen, Cezar et Paul avec Snook et Eiger après l’atterrissage sur Finger Hillés dans la cabine, avons décollé en direction de notre destination-cible. A mesure qu’on avançait vers le nord, les arbres disparaissaient rapidement et les crêtes des îles se levaient de plus en plus au-dessus de l’océan. Une fois arrivés en haut des rives rocheuses de Finger Hill Is., Paul a demandé à Gary de survoler la zone d’atterrissage afin de jeter un coup d’oeil sur la faune. Quelques minutes plus tard Gary a posé doucement sa machine volante pendant que nous regardions comme des visiteurs d’un autre monde le paysage austère à proximité immédiate d’une immense falaise volcanique verticale.
Sans délai, Paul s’est mis à installer les tentes et la clôture anti-ours pendant que Ken et moi travaillions à ériger les antennes et préparions les radios. Nous avions deux tentes d’opération situées à 30-40 m l’une de l’autre, celle de Paul au milieu, entre elles. Malheureusement, plusieurs tentatives ont prouvé l’impossibilité, à cause de l’interférence, de travailler simultanément tel que nous l’avions planifié initialement. Ainsi, nous avons décidé que j’allais travailler durant la nuit sur 30 m CW, tandis que Ken allait se reposer et être prêt à prendre le relais sur 20 m SSB le lendemain matin.

En ondes avec une seule station, la tension montait. Après quelques appels, j’ai dû faire face à un considérable empilage, qui s’est poursuivi toute la nuit. Le moment le plus gratifiant sur la 30 m a été quand les stations VK et ZL ont signalé leur présence dans le court laps de temps anticipé pas l’analyse de la propagation. Tôt le matin, j’ai commuté sur la 20 m CW pour donner une chance aux stations japonaises et de l’Extrême Orient. Plusieurs stations européennes ont ignoré au début mes appels directionnels, mais ensuite elles ont saisi mon intention et coopéré.
Dès que la propagation avec l’Extrême Orient a ralenti, Ken était prêt à prendre la relève, faisant une belle figure face à « l’attaque » des stations EU et NA sur 20 m SSB. Paul, qui avait passé toute la nuit en patrouillant le camp afin de nous protéger contre les éventuels intrus sauvages, était épuisé et allait se reposer quelques heures. Ken et moi nous avons passé le relais entre nous pour maintenir un rythme de travail constant sur 20 m SSB et CW durant la journée.

{morfeo 19}
Une fois la nuit tombée, j’étais de retour sur la bande de 30 m CW. A l’encontre de la nuit précédente, à un certain moment les bandes se sont simplement tues. Ce n’était pas à cause de la radio ou de la batterie, ni de l’antenne, mais à cause de … l’aurore boréale, qui rendait le ciel en flammes! Les lueurs nordiques n’ont pas duré trop longtemps mais elles ont « tué » les bandes et de cette façon m’ont donné la chance de faire un somme de trois heures avant de me réveiller et profiter de la propagation sur 20 m.

Le jour suivant était le dernièr sur cette île. Tout à coup, le ciel s’est couvert de gros nuages de plomb. Les moustiques étaient impitoyables. Il fallait agir tout de suite. On a appelé l’hélicoptère et on a commencé à démonter le camp. Malgré le plafond nuageux bas durant le retour, le paysage était d’une beauté à couper la respiration. L’atterrissage à Nain a été très doux, mais une fois sortis de l’hélicoptêre nous nous sommes vite rendu compte combien il faisait froid et venteux, probablement près de zéro degrés si on tient compte du facteur vent.
Grâce à l’hospitalité de nos hôtes, Fran et Brian Williams, nous avons pu prendre une douche rapide, chanCezar et Chris quittent Paul Isger les réservations de nos billets-retour d’avion, prendre le dîner et dormir sur les deux oreilles. Le matin suivant on s’est réveillés rafraîchis et prêts à redémarrer. Paul est venu nous chercher en fin de matinée et nous a conduits aux quais. Henri, notre lamaneur, nous y attendait avec son canoe à moteur. Il nous a pris moins d’une demi-heure pour traverser la baie au nord de Nain et gagner l’île. Quelques minutes après le débarquement, il s’est mis à pleuvoir et cela a continué pour la plupart de la nuit.

On s’inquiétait au sujet du retour de Ken en Angleterre car celui-ci aurait pu être sérieusement affecté si la méteo avait changé soudainement. Par conséquent nous avons décidé de ne prendre aucun risque. Selon le plan, Ken devait quitter Paul Is. le lendemain matin, en souhaitant qu’il puisse prendre l’avion de Nain tout de suite. De cette façon, nous avons installé une seule tente d’opération à une vingtaine de mètres du bord rocheux.
Après l’installation de l’équipement Ken s’est lancé le premier sur la bande de 20 m SSB. A la fin d’un bref contact, il s’est aperçu que la puissance de sa radio est tombée au-dessous de 5 W et nous nous demandions si c’était la pile qu’on devait remplacer. Avec une nouvelle pile, il a essayé de faire une autre QSO, à la fin de laquelle sa radio TS-50 s’est brisée. C’était évident qu’on ne pouvait plus rien faire et donc on a pris mon IC-7000. Ken s’est habitué rapidement avec la languette de pied que mon ami George Kennedy (VE3GHK) a créée afin de libérer les mains pour l’accordage de la radio et pour noter les QSOs dans le log.

On travaillait à tour de rôle et on remplissait le registre constamment. La nuit tombée, j’ai passé sur la 30 m CW et plus tard sur la 40 m CW, où j’ai reussi à contacter un couple de stations ZL. Tard dans la nuit, les bandes se sont tues, ce qui m’a permis de me reposer. Durant le matin j’ai entendu la première station VK sur la 20 m CW, suivie par la série habituelle des stations JA et d’Extrême Orient.

Le départ de Ken a été émouvant pour moi. Nous sommes passés par tant de péripéties et vicissitudes. J’avais l’impression qu’il haïssait de me laisser tout seul là-bas, mais c’était la chose la plus raisonnable à faire et nous le savions, tous les deux. Nous avons pris une dernière photo et ensuite il a sauté dans le canoe qui l’attendait. Un dernier regard et le voilà s’éloigner petit à petit. Peu de temps après, j’ai entendu l’Otter qui arrivait et partait de Nain.
Pendant la deuxième journèe d’opération le vent s’est intensifié constamment, en fléchissant sévèrement le mât en fibres de verre de l’antenne. Notre antenne à fil vertical n’avait pas de circuits d’accordage. Ainsi, pour chaque changement de bande l’antenne devait être descendue. Normalement, une seule personne aurait pu faire facilement une telle opération, mais dans les conditions de pluie, le mât est devenu très glissant et l’aide de Paul était nécessaire afin d’éviter la chute du mât et son éclatement sur les rochers.
Chris, le fils d’Henry, est venu nous chercher, Paul et moi, pour nous amener en bateau à Nain. Contrairement à notre séjour à Finger Hill Is., les moustiques n’étaient pas la pire nuisance mais les mouches noires. Le dernier jour je me suis réveillé la joue boursouflée justement sous l’oeil gauche. Dans moins d’une heure l’inflammation m’obstruait la vue. De retour sur la terre ferme, Fran and Brian m’ont rassuré que c’était une simple réaction qui va se retirer complètement dans les jours à venir. Et pour confirmer leurs dires, le lendemain matin je me suis retrouvé… avec une réaction similaire sous l’oeil droit!

Comme mon vol de Nain était très tard dans la journée, j’ai manqué mon vol de correspondence vers Halifax. De cette manière, j’ai dû de nouveau passer la nuit à Goose Bay. A ma surprise je n’ai pu trouver aucune place ni à l’hôtel ni dans une auberge. Tout était déjà réservé. Carl Sonnichsen (VO2KDS), qui était au courant de notre passage à Goose Bay, par l’intermédiaire du blog de Brian, m’a offert une place sous son toit. Mes remerciements à Carl et sa femme, Laura (VO2YFA) pour m’avoir donné abri cette nuit-là et pour avoir partagé avec moi une soirée si agréable, en parlant de VO2A et de radio en général.

Nos carnets d’activités montrent que nous avons effectué 1700 QSOs de chaque île avec des stations situées sur six continents, au total 2200 stations différentes de 63 DXCCs. Deux tiers de ces contacts ont été faits en CW. La distribution des QSOs par continent a été la suivante: EU 59%, NA 34%, AS 6% de la NA-194 et EU 41%, NA 51%, AS 6% de la NA-205, tandis que les autres continents partagent le reste du pourcentage.
Cette aventure n’aurait pu se passer sans avoir l’aide de nos familles, en particulier de nos épouses, Lucia et Joan, dont la patience et la compréhension nous ont été indispensables. Nous voudrions remercier de même pour l‘appui financier reçu de IREF, GDXF, ICOM Canada, Chiltern DX Club, GM DX Club, Mediterranean DX Club and Clipperton DX Club.
Egalement, nous aimerions exprimer notre appréciation à Paul Fenton et LWNE pour leurs services et contribution au succès de cette expédition. Mille remerciements aux sponsors individuels les plus généreux JE1DXC, VE3JV, VE7QCR, JA8MS et JA1QXY. Nous sommes reconnaissants aussi à: EA8AKN, G3RTE, G3SWH, G4AYO, G4VMX, G4VXT, M0ADG, HE9JAT, I4MKN, IK8CNT, 7K3EOP, JA1EY, JA1BPA, JA1SKE, JA1MCU, JM1PXG, JA9IFF, W3AWU, WA3HIC, KB5GL, N5UR, N6JV, N6PYN, WA6GFE, W7AUM, K9AJ, VE3LDT, VE3UW, VE3ZZ, VE7SMP, VE9MY et VE9GLF pour leurs dons importants.
La QSL double de VO2A (via VE3LYC)

 

Print Friendly, PDF & Email