TK7C – Du 3 au 10 Mai 2008

Je suis parti de Montpellier le Vendredi 2 Mai après avoir chargé la voiture de tout le matériel de l’expédition qui m’avait été préalablement expédié, direction Marseille.
Une de mes principales craintes était qu’il arrive un problème avant d’embarquer sur le ferry, car dans ce cas le reste de l’équipe se serait retrouvé le bec dans l’eau à Bastia. Ouf, une fois sur le Napoléon Bonaparte, j’étais donc soulagé.
Le lendemain matin, j’avais quelques heures devant moi avant de retrouver les autres à l’aéroport (7h30-9h55). J’en ai profité pour m’installer tranquillement à la terrasse d’un café bastiais, à contempler la mer et l’île de beauté tout en méditant sur les bienfaits de la vie insulaire.
Quelques heures plus tard, nous étions réunis à l’aéroport: F4TTR, F5AGB, F9IE, F8BJI et F6BIV arrivaient de Paris, tout d’orange vêtus quoique un peu couverts pour ce jour où la météo était radieuse.
Nous nous sommes répartis, avec nos bagages, dans deux voitures (la mienne et celle de location), direction.. le supermarché ! En effet, le gîte étant situé dans un endroit assez retiré, il nous a paru prudent de faire le maximum de courses pour la semaine pendant que nous étions vers Bastia. La valse des étiquettes aura été une nouvelle occasion de méditer, ensemble, sur d’autres côtés (moins réjouissants) de la vie insulaire.
Mais enfin, nous avions du Casanis, du rosé et des grillades, donc notre survie était assurée. Ah oui, j’oubliais les olives. Nous en avions aussi quelques unes ! Une fois les courses terminées et chargées dans les voitures (qui commençaient à en avoir assez d’être chargées), la route n’était plus trop longue jusqu’au gîte (trois quarts d’heure environ). Elle aurait même pu être plus rapide si nous avions trouvé le gîte du premier coup, mais c’est méconnaître notre goût pour l’aventure.
Nous étions sur place le samedi vers 14 Heures, si je me souviens bien. Plus qu’à s’installer ! Arrivés au Gîte, nous découvrons les lieux. Le bâtiment est une belle bâtisse en pierres, sur deux étages, à flanc de colline. Nous découvrons aussi que nous ne sommes pas les seuls occupants (le gîte propose deux logements) et qu’il y a deux superbes lignes hautes tension qui passent juste au dessus de nos têtes!
Jérôme, le propriétaire, nous accueille les outils à la main: Nous sommes les premiers locataires de la saison, il est encore en plein ménage. Cela ne pose pas de difficulté, puisque nous devons d’abord travailler sur les antennes, à l’extérieur. Le village de Chiatra dispose d’un seul commerce, une pizzeria, ce qui tombe très bien puisqu’arrivent 14 heures et que nous n’avons toujours pas déjeuné. Après avoir fait fonctionner le commerce local, nous étions enfin en mesure d’attaquer les choses sérieuses, c’est à dire le montage des antennes.
La première sera la Spiderbeam 12-17-30m. Pour moi, qui n’avais jamais vu de Spiderbeam autrement que sur internet, c’était une grande inconnue. J’aurai sans doute passé longtemps à me gratter la tête en regardant la chose s’il n’y avait eu, dans l’équipe, un bon quota d’experts en la matière. Les docteurs ès-spiderbeam ont eu vite fait d’emboiter les tubes, d’y attacher les fils, d’ériger tout cela sur un mât télescopique, et d’installer le tout sur la terrasse supérieure de la maison.
L’opération sera vite renouvelée pour deux autres Spiderbeam 5 bandes, qui bénéficieront d’emplacements un peu moins privilégiés. Je dois dire que cette séance m’a permis de lever de gros doutes que j’avais au sujet de ces antennes, que l’on m’avais décrites comme étant des machins pleins de fils impossible à monter.
Nous terminerons par une antenne verticale pour le 80m, constituée d’un fouet (télescopique en fibre sur lequel nous attachons un fil) de 19m et de radians à sa base, puis un dipôle en sloper pour la bande des 40m. C’est alors que réapparaît le propriétaire, qui nous annonce tout simplement que cela fait trop d’antennes, et qu’il faut les démonter.
Gloups. Il faut des talents variés dans une équipe. En l’occurrence, la diplomatie de F6BIV sera utile pour répondre. Il obtiendra de bons résultats, puisque nous ne toucherons à rien dans l’attente de l’avis des autres occupants du gîte, pour qui le propriétaire souhaitait (chose assez compréhensible) ménager l’esthétique du lieu. Lesdits occupants, revenus quelques heures plus tard, ne formuleront pas de demande particulière de démontage. Ouf.
La topographie des lieux est assez simple: Nous sommes dégagés sur la moitié Est. Vers l’Ouest, on tire immédiatement dans la montagne. Vers le Nord-Est, c’est excellent, le terrain descend en pente vers la mer. Le soir venu, les antennes sont donc installées.
Rentrés dans nos locaux, nous décidons d’installer les trois stations dans le salon, côte à côte. Elles sont constituées ainsi:
  • Un YAESU FT-857 + ACOM 1010 pour la station SSB
  • Un KENWOOD TS-480 + ACOM 1010 pour la station RTTY/PSK
  • Un ELECRAFT K3 + ACOM 1010 pour la station CW
Chacune disposant également de filtres de bande DUNESTAR, ainsi que d’un PC portable pour le log (sous WIN-TEST, reliés en WIFI). Le K3 et le 857 sont alimentés par deux petites alims à découpage.
L’essentiel de ce matériel (antennes en amplis, notamment) appartiennent au radio-club de Provins, F6KOP, organisateur de cette expé (comme de beaucoup d’autres expéditions, d’ailleurs !)
Je m’aperçois en montant ma station que mon interface microKeyer ne fonctionne pas, alors que je l’avais testée avec le K3 juste avant le départ.. Tant pis, je la démonte. Cela nous privera de la gestion du manip automatique et du lanceur d’appel SSB par Wintest, ainsi que du « CAT » pour le log.
Chacun monte et configure sa station de son côté. Par la suite, le matériel a fonctionné sans difficulté. Mis à part un coaxial coupé en plein pile-up par un quad qui passait à proximité, et le fort QRM récolté par une des Spiderbeam, nous n’aurons aucun souci.
Ce n’était pas forcément gagné d’avance: Le trafic ayant lieu 24h/24, tout reste en fonctionnement pendant une semaine non-stop. J’étais par exemple dubitatif sur les petites alimentations à découpage emportées, elles n’ont donné aucun signe de faiblesse. Les transceivers et les amplis eux aussi ont tenu le coup sans surchauffe.
Enfin, après l’installation, j’ai le privilège de lancer le premier appel sur 80/SSB et d’y faire quelques contacts.
{morfeo 14}
La vie en communauté peut s’avérer très sympathique lorsque, le samedi soir après avoir tout installé et testé, vous prenez un bon repas ensemble.. mais elle peut aussi se révéler difficile lorsque, la nuit venue, vous vous apercevez que tout le monde ronfle, y compris votre compagnon de chambrée, et qu’il sera impossible de trouver le sommeil. C’est ainsi que j’ai fini ma première nuit (2h-6h) sur le canapé du « shack » où je m’étais réfugié.
Nous n’avions pas mis en place de planning précis bande/mode/heures, mais le rythme s’installa naturellement. Le soir, certains restaient actif assez tard, la relève arrivait au petit matin. La journée, les remplacements étaient beaucoup plus simples. Certains faisaient la sieste au lit ou dans le canapé, plus légèrement. Toujours un remplaçant.
Globalement, je n’ai jamais eu le sentiment d’être au bagne, même si, parfois, lorsque vous vous retrouvez à 4h du matin en pyjama à appeler CQ CQ sans beaucoup de réponse, vous vous demandez un peu ce que vous faites là.
Je me souviendrai sans doute toute ma vie de mon premier soir sur 40m (je pense que c’était Dimanche 4), ce fût une expérience mémorable: Mon premier vrai pile-up. Il m’était arrivé, en contest par exemple, d’atteindre des gros taux de QSO/minute, mais là ce n’était pas tellement ça qui était en jeu, c’était le nombre de personnes qui appelaient. Au bout d’un moment, le pile-up est tellement fourni que vous n’entendez plus rien. Pas un seul signal plus fort que les autres, duquel vous pouvez extraire quelques lettres, ils sont tous gros. Il ne reste plus qu’un bruit indéchiffrable dans lequel il devient impossible de copier quoi que ce soit. A ce moment là, vous comprenez que c’est à vous d’agir, il faut assurer !
Vous policez la foule, vous passez en split, vous appelez par numéro.. bref, après plus de trois heures « sous le feu« , j’avais vraiment le sentiment d’avoir franchi un pas dans mon initiation radio. Les soirs suivants, c’est avec une confiance grandie que je m’installais sur 40 ou 80, pour des partie de « faune » qui portent parfois bien leur nom.
L’expédition prend rapidement son rythme, même si celui-ci suit les aléas de la propagation, de la forme des opérateurs et des antennes utilisables. Une des plus grosses surprises de l’expédition aura été la force des signaux japonais. Tout au long de l’expé, nous aurons droit à de véritables pile-up de station japonaises, sur toutes les bandes et dans tous les modes. Un soir sur 40m SSB, alors que je demandais aux stations européennes un moment de QRX au profit de l’Asie, une station s’entêtait à me répondre (avec deux lettres de son indicatif, ce qui n’est pas une bonné idée) avec un signal de 9+10. Après l’avoir rappelée à l’ordre nominativement, lorsqu’il a décliné la totalité de son indicatif, j’ai eu la surprise de comprendre.. qu’il s’agissait d’un japonais !
Les signaux étaient véritablement très forts, ceci en raison de notre situation géographique. Les simulation radio-topographiques réalisées avant le départ avaient fait apparaître un angle de tir très bas vers le Japon grâce au relief dans cette direction. Globalement, nous gagnions près de 10dB par rapport à un terrain plat ! A notre grand plaisir, nous aurons pu constater qu’il y avait bien une réalité derrière ces chiffres. Au final, les stations japonaises occupent la 4ème place du podium dans le log de TK7C, après l’Allemagne, la Russie et la France.
Quelle que soit la direction, globalement, le rythme est soutenu. Nous atteindrons plusieurs fois le rythme de 9 QSO/minute, c’est à dire en moyenne 3 QSO/minute dans chaque mode ! Imaginez un peu l’effervescence qui règne dans ces moments là ! C’est un véritable plaisir, pour les opérateurs comme pour ceux qui, tout en se reposant, surveillent les indicatifs qui défilent dans le log en réseau.
Pendant toute la semaine, nous avions un autre objectif: Réaliser autant de contacts que possible sur les bandes « délaissées » et particulièrement le 12m pour laquelle nous avions reçu des sollicitations avant le départ. Nous surveillions donc attentivement les ouvertures, mais la propagation n’aura pas souvent été notre alliée.
C’est finalement le Vendredi que la situation se débloque, les QSO s’enchaînent sur les bandes hautes, dans les trois modes, au rythme du QSB. Le 160m, lui, aura été volontairement laissé de côté, nous n’avions pas d’antenne pour la « top band ».
La présence de six DXeurs affamés n’est pas passée inaperçue sur l’île, et nous aurons plusieurs visites de la part d’OMs locaux, qui n’hésitaient pas à faire des heures de route pour venir nous voir. TK1CX, SWL Steve, TK5IH+YL, TK5EL, TK5XN.. chacun venant partager ses anecdotes, ses passions radio, et même des spécialités gastronomiques ! Ce fût ainsi beaucoup de bon temps partagé.
Le Samedi 10 mai, après une semaine d’activité vient le moment du démontage. Nous nous étions fixé un objectif de 20000 QSO mais la dernière nuit n’aura pas permis de l’atteindre. Bernard F9IE, qui tout au long de la semaine aura montré l’exemple en matière de motivation au trafic, décide de rester actif sur 40m, en graphie et en phonie, pendant que nous démontons tout le reste. Peu avant midi, il franchit l’objectif !
C’est alors le moment de nous séparer, après avoir échangé quelques photos prises, et avec la promesse de prochains moments ensemble. Je repars en début d’après-midi, et après avoir déposé F6BIV à l’aéroport, j’embarque, la voiture chargée comme à l’aller, sur le bateau du retour. Le lendemain matin, chacun est retourné chez soi, la tête pleine de « tango kilo seven charlie », au terme d’une expé qui, bien que modeste quant à sa destination, n’aura pas manqué de moments intenses !
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