J5C – Du 11 au 21 Janvier 2008


J5C 2008

Expédition en Guinée-Bissau par F6KOP

www.j5c.eu

Je me souviens encore de la première expédition du radioclub sur un IOTA Français en 1999. C’était une activité de petite envergure, nous n’avions aucune expérience et régler les détails logistiques pour opérer 2 stations à 300km de chez nous nous semblait déjà une grande aventure. Le nombre de QSO réalisés à cette époque nous ferai probablement sourire aujourd’hui, cependant nous avions pris tellement de plaisir et l’ambiance était si conviviale que le club décida de réitérer l’expérience chaque année depuis un IOTA différent en essayant d’améliorer l’organisation. En 2004, nous avons voulu essayer un challenge un peu plus difficile. Nous voulions savoir si nous aussi nous pouvions être comme ces Dxpeditioners célèbres qui nous ont tant fait rêver pendant un nombre d’heures incalculable dans nos shacks à l’écoute de leurs indicatifs exotiques. Nous avions choisi d’opérer depuis le Togo en Afrique de l’Ouest avec l’indicatif 5V7C depuis le même site que le Voodoo Contest Group avait utilisé avec succès pour le CQWW CW entre 1996 et 1998. A nouveau le nombre de contacts réalisés n’avait rien de fantastique, mais nous avons découvert nos premiers vrais pile-ups et sommes instantanément devenu « accros » au flux d’adrénaline qu’ils génèrent. Depuis, nous avons continué chaque année à améliorer l’organisation et à apprendre de nos nouvelles expériences. Nous avons ainsi opéré depuis TO7C, 5H1C et XT2C en nous concentrant toujours sur des entités DXCC semi rares. Au cours des années, nous nous sommes fait de nouveaux amis dans la communauté DX internationale et nous avons tout naturellement invité des opérateurs étrangers à venir partager leurs expériences et leur bonne humeur avec nous ; ils font depuis partie d’une équipe élargie d’opérateurs fidèles. En vue de l’activation d’une entité beaucoup plus rare d’ici à quelques années, nous devions commencer à apprendre à gérer une logistique de plus grande ampleur et commencer à réunir une équipe beaucoup plus importante. C’est ce que nous avons commencé à faire avec J5C…

Planning

Le projet J5C a commencé comme d’habitude alors que Frank/F4AJQ, notre leader, était encore en Afrique sur le chemin du retour de notre expédition précédente XT2C à Ouagadougou. Nous avons évalué plusieurs possibilités parmi un panel de destinations que nous surveillons de près en permanence et nous avons finalement choisi la Guinée-Bissau après quelques semaines. Ce n’était pas une entité particulièrement rare (#100 au classement des pays les plus recherchés publié par Dxmagazine), mais en regardant les tableaux de plus près, nous avons vu que la demande était beaucoup plus forte en Asie (#26), sur la côte Ouest de l’Amérique du Nord (#51) et globalement sur les bandes basses. En creusant un peu plus nous avons trouvé un challenge supplémentaire, puisqu’aucune station Japonaise n’avais jamais contacté J5 sur la Topband.
Les objectifs de notre expédition ont donc été défini comme suit : réaliser un minimum de 60,000 QSO, faire un effort marqué sur les bandes basses (40 à 160m), porter une attention très particulière aux régions AS/OC/NA, réaliser la première liaison bilatérale JA-J5 sur 160m et enfin augmenter au maximum le plaisir des opérateurs !
Le fait d’être au plus bas du cycle solaire allait certainement nous aider à monter une opération sérieuse sur les bandes basses. Nous avons pour cela choisi des dates situées pendant l’hiver de l’hémisphère Nord afin d’avoir un bruit de bande le plus bas possible dans la majorité des zones ciblées. Nous souhaitions une activité de 10 jours comprenant 2 week-ends, située entre le 1er janvier et le 15 février au plus tard. Nous savions que choisir de telles dates allait avoir un impact négatif sur la propagation des bandes hautes, mais il fallait bien faire un choix et nous voulions mettre toutes les chances de notre côté sur les bandes basses.
Pendant la phase de préparation, nous avons eu des difficultés à trouver un site adéquat pour notre expédition. La guerre civile qui s’est terminée en 1999 a détruit la grande majorité des structures d’hébergement et le pays ne se reconstruit que lentement. Nous n’avons pas réussi à trouver un hôtel ou une chambre d’hôtes à Bissau à un prix abordable et avec assez de terrain pour notre champ d’antennes. En fait, les quelques structures d’ébergement sont situées sur l’Archipel des Bijagos, un grand groupe d’îles situé 70km au large de la capitale Bissau. Cet endroit est un « most wanted » pour les amateurs de pêche sportive et plusieurs hôtels sont disponibles à la location… fort cher !
Après de nombreux e-mails et coups de téléphone à chaque hôtel ayant un site Internet, Frank est finalement entré en relation avec la responsable Français de « Kaza Afrikana », Gilles Delevay. C’est un club de pêche pouvant accueillir 16 personnes avec environ 10,000 m² de terrain situé sur la côte Nord-Est de l’île de Bubaque, la plus peuplée de l’archipel. Nous avons fixé les dates de notre activité entre le 11 et le 21 Janvier lorsque nous avons découvert que le mois de janvier est la saison basse pour la pêche et que Gilles nous offrait une remise substantielle si nous pouvions louer la totalité de l’hôtel pendant une partie de cette période. Kaza Afrikana était un choix judicieux pour plusieurs raisons importantes:
Tout d’abord, outre le fait que c’est un endroit équipé de tout le confort moderne et d’une liaison Internet par satellite, Gilles était déjà familier de l’émission d’amateur puisqu’il avait accueilli Jacques F6BUM quelques mois plus tôt lors de son activité J5BI. Il a ainsi été capable de s’occuper localement de déposer notre demande de licence et des fastidieuses relances à effectuer afin d’obtenir notre précieux sésame. Comme d’habitude en Afrique, tout doit être négocié. L’autorité de régulation des télécommunications nous demandait initialement de payer une licence par opérateur, soit un coût de 4,500€ à porter sur notre budget. Après plusieurs voyages à Bissau, Gilles a réussi à obtenir la possibilité de ne payer que l’équivalent de trois licences plus les habituels cadeaux aux fonctionnaires ayant « facilité » notre dossier.   Deuxièmement, l’alimentation électrique sur l’île est fournie par de vieux générateurs peu fiables. Kaza Afrikana dispose de deux gros générateurs diesel (22 & 33 kVA). Ils sont bien entretenus et pouvaient facilement fournir l’énergie nécessaire pour alimenter simultanément plusieurs stations haute puissance. Gilles a accepté de laisser tourner le plus gros générateur 24/24h pendant toute la durée de notre séjour. Il y a avait un coût lié au surplus de gasoil, mais c’était un soulagement et nous étions confiants que nous n’allions pas avoir des coupures de courant intempestives comme cela avait été le cas en Tanzanie lors de 5H1C.   Enfin, Gilles nous a proposé de nous accueillir à l’aéroport, de faciliter le passage de la douane et d’utiliser ses bateaux pour s’occuper de notre transfert à l’hôtel. Je vous en dirai plus sur cette expérience inoubliable !
La formation de l’équipe a été plus complexe que les autres années. Frank avait négocié un tarif de groupe avec Air Sénégal pour notre trajet Paris-Bissau via Dakar. Notre objectif était de trouver 16 opérateurs surs de pouvoir partir, tout en gardant un bon équilibre entre les modes et en limitant le nombre de nouveaux afin d’assurer une bonne cohésion du groupe. Le fait de ne pas trouver 16 opérateurs aurait eu pour conséquence de nous faire payer les places inoccupées et de perdre le quota de bagages associé à ces sièges. Nous avions identifié la totalité de l’équipe à la fin de l’été 2007, mais malheureusement, certains ont dû annuler en dernière minute pour raisons professionnelles. Une de ces annulations a été une douche froide lorsque Serge/F6AML le co-leader de l’expédition, mais aussi notre expert logistique et bandes basses a appris fin Octobre que ses congés étaient annulés. L’équipe finale était finalement composée de :
En Guinea Bissau

  • F4AJQ / Frank : Leader, Licence & Logistique
  • F2JD / Gérard : Sponsors Européens / Inventaire de l’équipement
  • F2VX / Gerard
  • F5JSD / Pascal : Prévisions de propagation, Informatique, Webmaster
  • F5PED / Mathieu
  • F5TVG / Franck : QSL Manager
  • F5VHQ / John : Statistiques de trafic
  • F8BJI / Jean Paul : Expert digimodes
  • F8BUI / Romain : Santé
  • F8IXZ / Jean Marc
  • F8PDR / Benoit
  • F9IE / Bernard
  • FM5CD / Michel
  • OE8KDK / Dieter
  • N2WB / Bill : Sponsors Nord Américains
  • N6OX / Bob

Equipe Support

  • F6AML / Serge : Logistique et expert bandes basses
  • F5AGB / Bruno & F4TTR / Thierry : Pilotes

{morfeo 15} Notre idée initiale était d’expédier une partie du matériel lourd et peu critique tels que les antennes, mats télescopiques et câbles coaxiaux en fret maritime plusieurs mois avant l’expédition. Cependant, après évaluation de cette solution, il est apparu que si l’envoi du matériel jusqu’à Bissau est relativement simple, les frais officieux de dédouanement sont prohibitifs et que cette procédure imprévisible peut aisément durer plusieurs mois, même avec un support local. Nous avons donc dû nous contenter du poids autorisé par Air Sénégal (560kg au total). Avec le prix du pétrole qui ne cesse d’augmenter, les compagnies changent régulièrement les règles concernant les bagages et sont devenues intransigeantes en facturant chaque kilogramme excédentaire au prix fort. Notre mot d’ordre cette année était donc « zero excès bagage », ce que nous avons réussi à faire en tenant un inventaire de tout notre matériel assorti du poids précis de chaque équipement. En nous basant sur nos expériences précédentes, nous avons choisi d’utiliser 4 stations haute puissance :

  • 3 stations dédiées à un seul mode (CW/SSB/DIGI)
  • 1 station FLEX pouvant opérer en CW et SSB

En plus, nous avions une station BACKUP barefoot pouvant trafiquer sur une bande haute en journée et pouvant servir de rechange sur une des stations principales en cas de défaillance matérielle. Afin d’augmenter l’ergonomie des stations, nous avions choisi de standardiser les équipements. Chaque position était composée d’un IC-7000, d’un ampli ACOM 1010, d’un microkeyer (CAT/CW automatique) et d’un PC portable équipé du logiciel Win-Test en réseau WIFI. La seule exception était la station DIGI qui utilisait un TS480, un ACOM 1010 et un PC portable utilisant Logger32. Un PC supplémentaire était utilisé pour les tâches logistiques (chargement quotidien du log sur Internet, statistiques de trafic et mise à jour du site web).
Notre champ d’antennes était conçu pour offrir des antennes dédiées par mode sur chaque bande entre 10 et 20m et une antenne par bande entre 30 et 160m. L’espacement entre les antennes et les emplacements ont été choisis afin de minimiser les interférences inter-stations. Nous avons porté un soin particulier à vérifier que les antennes étaient parallèles les unes aux autres lorsque nous étions dirigés vers les principales directions DX.
Les antennes étaient :

  • Spiderbeam 10/15/20m
  • Spiderbeam 12/17/30m
  • 2 x Spiderbeam 10/12/15/17/20m
  • log-yagi filaire 4 éléments 40m
  • Ground plane 80m utilisant un mat en télescopique de 18m Spiderbeam en fibres
  • L-inversé 160m utilisant un mat en télescopique de 18m Spiderbeam en fibres
  • Boucles de réception K9AY équipées d’un duplexeur permettant de les partager entre les stations 80 et 160m.

Prêts à partir !

Neuf membres de notre équipe n’habitent pas en région Parisienne, certain d’entre eux tels que N6OX, N2WB, FM5CD ou OE8KDK avaient choisi d’arriver plusieurs jour avant notre date de départ afin de faire un peu de tourisme et d’éviter tout impact lié à un éventuel retard sur leur vol vers Paris. Toute l’équipe s’est finalement retrouvée le 9 janvier chez Bruno F5AGB pour la répartition finale du matériel et la pesée des bagages. Nous étions prêts à partir et nous sommes retrouvés tôt le matin suivant à l’aéroport de Paris Orly pour un enregistrement et un voyage sans encombre vers Bissau avec une correspondance à Dakar.
Nous avons atterri à 21h à Bissau et à peine sorti de la cabine du petit Dash-8, nous avons été ravis de retrouver l’ambiance si spéciale des grandes villes côtières Africaine. C’est un mélange de chaleur, d’humidité, de poussière, de pollution et d’essences végétales très caractéristique. Dès que nous sommes entrés dans la petite salle de récupération des bagages, nous avons vu Gilles et cinq de ses employés qui nous attendait. Il a pris nos passeports et nous a simplement demandé de vérifier que l’intégralité de nos bagages étaient bien arrivés, ce qui était heureusement le cas. Après un court moment il est revenu en nous indiquant de sortir du terminal pendant que l’officier des douanes nous faisait un signe de la main. C’était la procédure de dédouanement express incluse dans notre séjour à Kaza Afrikana… Après avoir chargé les bagages sur le toit d’un minibus et de deux vieux breaks nous avons rapidement traversé la ville en direction du port. Gilles avait prévu deux bateaux, un grand de 11m équipé de deux moteurs diesel de 115ch pouvant transporter toute l’équipe pendant qu’un plus petit de 9m équipé d’un seul moteur transporterai le matériel. Une fois installés à bord, nous avons commencé la partie la plus mémorable de notre voyage. Bubaque est à environ 70km de Bissau, soit environ deux heures de navigation de nuit à une vitesse de 18 nœuds. Gilles a démarré son GPS et mis en route les moteurs bruyants avant de mettre le cap sur le premier waypoint de l’itinéraire assez complexe nous menant à destination. Il envoyait périodiquement un flash lumineux au bateau nous suivant qui n’était pas équipé de GPS afin qu’il puisse suivre notre route. La nuit était totalement noire sans clair de lune et notre bateau n’avait pas de radar. Un des employés de Gilles était allongé à l’avant de notre bateau équipé d’une lampe torche. Son rôle était de guetter les nombreuses pirogues de pécheurs naviguant sans lumière. Il envoyait régulièrement des flashes lumineux et nous pouvions voir plusieurs flashes répondre et indiquant que nous n’étions définitivement pas seuls dans ces eaux. Gilles adaptait alors légèrement son cap pour éviter les autres embarcations. La température devenait fraiche alors que nous commencions à gagner rapidement la haute mer, nous étions tous emmitouflés dans nos blousons. Seuls quelques uns d’entre nous ont remarqué que notre homme anti-collision s’était endormi sur la deuxième moitié du trajet, ceci semblait cependant sans réel problème puisque nous étions alors en eaux profondes avec probablement beaucoup moins de bateaux autour de nous… j’espère !
Nous avons accosté sur Bubaque peu avant minuit où Tina, l’épouse de Gilles nous avait préparé un merveilleux diner. Nous nous sommes rapidement réparti les lits dans les 6 chambres et avons décidé que le shack serait installé le lendemain dans la salle de séjour centrale. Nous nous sommes couchés vers 2h du matin en essayant de trouver un peu de repos avant un réveil programmé à l’aube.

Le trafic

Dès le lever du jour le Vendredi 11 janvier, nous avons fait un rapide tour d’exploration avec Gilles afin de décider du meilleur emplacement pour monter chaque antenne. L’équipe s’est ensuite séparée en petits groupes. Quatre d’entre nous on monté le shack pendant que les douze autres se sont chargé de l’assemblage des antennes. Nous étions satisfaits de voir que tous les efforts portés à l’amélioration des Spiderbeams afin d’avoir un montage plus rapide avait porté ses fruits. Toutes nos antennes ont été installées et testées lors de cette première journée, seule une des Spiderbeams à dû attendre le matin suivant pour être érigée en raison de la nuit tombante. A 1730z, un premier planning de trafic était établi jusqu’au lendemain 1200z. Nous avons ensuite fait un essai de toutes les stations à pleine puissance simultanément afin de vérifier si le groupe électrogène tenait la charge et si nous n’avions pas d’interférence inter stations. Nous n’avons rencontré aucun problème et à 1807z après un compte à rebours les quatre stations ont lancé appel en même temps du 17m/RTTY jusqu’au 40m/CW. Après quelques secondes, les premiers signaux ont été entendus et nous avons logué les premiers QSOs: F6ENY, KE3G, K0WK… Les pile-ups se formaient, nous étions sur l’air pour 10 jours non-stop !
Le Samedi matin, notre rythme de croisière a commencé à s’installer avec 6h de trafic quotidien pour chaque opérateur réparties en 3 périodes de 2h en journée, ou bien 2h en journée plus une période de 4h la nuit. Vers 1100z, nous faisions une copie de sauvegarde du log qui était utilisée par John/F5VHQ pour faire des statistiques sur notre trafic. Nous suivions particulièrement le nombre de QSO par bande, mode et région afin d’avoir un trafic équilibré. Nous comparions aussi les ouvertures de propagation constatées avec les prévisions afin de prendre en compte les ajustements nécessaires. Lorsque les statistiques étaient terminées, Pascal/F5JSD préparait un planning par station pour les 24h suivantes en allouant une bande, un mode et une antenne à chaque tranche horaire. L’équipe pouvait alors choisir ses créneaux de trafic en fonction de ses préférences. Au début de chaque période, un rapide coup d’œil sur les tables de propagations mises à jour donnait une indication à l’opérateur sur les ouvertures à surveiller de près.
Globalement, les conditions ont été légèrement meilleures que prévu, mais très variable d’un jour à l’autre. Compte tenu du fait que nous étions au plus bas du cycle solaire, plusieurs bandes se sont comportées assez différemment de ce à quoi nous étions habitués dans des zones tropicales :
10 / 12m : Nous savions que les résultats sur ces deux bandes seraient mauvais, mais ce que nous avons vécu était probablement en dessous de nos pires estimations. Les ouvertures ont été limitées à l’Europe avec seulement une poignée de stations Nord Américaines sur 12m et aucune sur 10m. Les ouvertures pouvaient être en avance ou en retard de plusieurs heures d’un jour sur l’autre, nous obligeant ainsi à surveiller les balises à l’aide de la station BACKUP afin de décider à quel moment il était judicieux d’arrêter un bon run sur une bande plus basse pour passer sur 10 ou 12m.
15m : Les conditions sur cette bande étaient acceptables avec d’assez bons run vers l’Amérique du nord, même en SSB. Les prévisions de propagation nous laissaient espérer des ouvertures en long path le matin vers les VK/ZL et le soir vers les JA, mais aucun de nos essais quotidiens n’a été fructueux.
17m : Cette bande, habituellement si prolifique, a probablement été notre plus grosse déception. Notre total de QSO est environ 20% en dessous de notre objectif avec environ 9,500 contacts. En général, la MUF mettait beaucoup de temps le matin pour passer au dessus de 18MHz, nous faisant ainsi manquer la majorité des courtes ouvertures short path vers l’Asie. Aucune des ouvertures matinales long path vers VK/ZL n’a donné de résultat. Sur environ la moitié des après-midi, la MUF est descendue si rapidement que nos run Nord Américains étaient coupés en plein milieu et que la propagation n’avait pas le temps d’atteindre la côte Ouest. Quand la bande était bien ouverte, les conditions DX étaient généralement instables avec un fort QSB. Le résultat est que la proportion de contacts Européens sur cette bande est beaucoup plus haute que nos espérances.
20m : Cette bande a été notre bête de somme. Nous y avons fait 25% de nos contacts, soit 15,555 QSO. Les conditions étaient bonnes, même si à notre surprise la bande se fermait assez tôt certain soirs. Les ouvertures étaient très prévisibles. Environ 1,200 stations Japonaises ainsi que la plupart des VK/ZL ont été contactées pendant les bonnes ouvertures matinales en long path. Les après-midi les ouvertures vers l’Amérique du Nord étaient bonnes avec des signaux confortables, même pour les stations de la côte Ouest. Nous avons trafiqué à plusieurs reprises avec deux stations haute puissance simultanément sur cette bande (CW/SSB ou DIGI/SSB) et une fois utilisé trois stations à puissance réduite, un jour où le 17m s’est fermé tôt et où le 30m n’était pas encore ouvert.
30 / 40m : Ces deux bandes ont donné de très bons résultats, les conditions étaient très bonnes et les ouvertures très répétables. Nous avons contacté de nombreuses stations d’Asie et d’Océanie en long path à notre lever de soleil. Nos deux yagis ont donné de bons résultats. Ces bandes étaient assez calmes avec de gros signaux, même des régions les plus lointaines. Il y a un phénomène difficile à quantifier mais qui est un fait, le manque de discipline sur 40m a sérieusement impacté le nombre de contact que nous avons fait sur cette bande. Outre les brouillages sur notre fréquence d’émission et les stations qui ne respectaient pas les consignes de l’opérateur lorsque celui-ci faisait des appels sélectifs vers certaines régions ; nous avons malheureusement pu constater la généralisation de deux techniques de tricherie. La première catégorie est le cas d’une station avec une voix ou un type de manipulation très caractéristique qui nous appelait avec son indicatif personnel, puis avec cinq à dix indicatifs différents. De telles stations ont généralement de très gros signaux et cela fait perdre beaucoup de temps de les ignorer dans le pile-up après avoir fait le premier QSO. La deuxième catégorie est celle que j’appellerai le « syndrome du log en ligne ». Dans ce cas de figure, il nous est arrivé de prendre l’indicatif d’une station, cependant cette station continuait à envoyer son indicatif sans report alors que nous lui avions répondu à plusieurs reprises. Puis tout d’un coup, elle envoyait un report à plusieurs reprises avec un timing totalement décalé par rapport au notre. Il est évident que dans de pareil cas, la station ne nous entendait pas et se contentait de vérifier à postériori dans le log en ligne si le contact était valide ou non. De tels cas sont facile à détecter et nous n’en avons logué aucun, cependant c’est une grande perte de temps et certaines stations répétaient le même comportement plusieurs jours d’affilée.
80m : Nous sommes très satisfaits des résultats sur cette bande, même si notre nombre de contacts (5,520 QSO) est légèrement en dessous de notre objectif de 10% du nombre total de QSO. Nous aurions pu l’atteindre si nous avions passé une soirée supplémentaire en CW sur cette bande. La demande était forte dans ce mode et nous avons essayé d’avoir deux stations simultanément en utilisant un dipôle tendu entre deux palmiers à environ 20m du sol. Malheureusement, nous n’avons pas pu résoudre les fortes interférences entre les deux stations liées à la proximité des antennes et avons dû abandonner cette idée. Des filtres de bandes très étroits permettant de réaliser ce type de configuration sont sur notre liste d’investissements à venir. Notre antenne ground plane a donné de bons résultats même si elle était à environ 120m de l’Ocean. Les boucles K9AY ont été d’une grande aide en réception. Nos couché de soleil ainsi que la plupart des nuits ont été bonnes pendant la moitié de notre séjour. L’index Kp est beaucoup monté à la moitié de notre opération, provocant une forte augmentation du bruit de bande et rendant les signaux beaucoup plus difficiles à décoder. Nos lever de soleil étaient assez décevants, les ouvertures vers la côte Ouest des Etats-Unis duraient rarement plus de 20 minutes dans les meilleurs cas ; l’autre option était une bande bruyante où nous ne pouvions recevoir aucun signal exploitable.
160m : La Topband a été au dessus de toutes nos espérances… Nous avons fait 3,368 QSO et certains soirs, les conditions ont été si bonnes que nous avons basculé en SSB avec des pile-ups de stations Européennes et Nord Américaines. Nous avons ainsi fait 512 contacts en phonie en un peu plus de 8h de trafic dans ce mode. Notre L-inversé situé à une dizaine de mètres du bord de mer a donné d’excellents résultats. Plusieurs stations Nord Américaines et Asiatiques nous ont dit que nous étions le plus fort signal jamais entendu en Afrique de l’Ouest sur cette bande. Cela fait toujours plaisir à entendre…   Un de nos objectifs sur cette bande était de réaliser au moins un contact avec le Japon. La seule possibilité était pendant une fenêtre de 30mn juste avant leur lever de soleil. C’est un chemin polaire très affecté par les perturbations magnétiques. Serge/F6AML était en contact très régulier avec Yoshi/JA3AAW afin de s’entendre sur la procédure et sur les fréquences à utiliser afin d’éviter les interférences liées aux stations de radiodiffusion asiatiques. Yoshi avait fait beaucoup de publicité sur les forums DX Japonais afin de s’assurer que les passionnés de bandes basses seraient au rendez-vous. Le Vendredi 11 janvier, Kp=1, une première tentative n’a donné aucun résultat, cependant nous recevions un e-mail de Serge le lendemain matin indiquant que nous avions été spotté par deux stations Japonaises qui nous avaient entendus. Le soir suivant, Kp=0, les conditions étaient excellentes avec un niveau de bruit à S-3 lorsque nous écoutions sur notre antenne d’émission. Pascal/F5JSD a arrêté le pile-up Européen à 2210z et a commencé à appeler lentement "CQ JA JA ONLY DE J5C J5C QSX 1822 1822 PSE K". Le temps qu’il tourne le VFO vers la portion de bande Japonaise, il a entendu un pile-up sur 1822KHz et a tout d’abord pensé qu’il faudrait du temps pour demander aux Européens de patienter. Ce n’est qu’après quelques secondes qu’il a réalisé que c’étaient TOUTES des stations Japonaises qui appelaient ! Le premier QSO a été avec le célèbre JH4UYB qui était 20dB au dessus de S-9. Les signaux étaient si forts que c’était comme gérer un pile-up sur une bande haute à 30 WPM. Malheureusement le soleil levant au Japon a mis un terme à cette ouverture et 16 stations ont été contactées en 14 minutes. Ceci a été notre meilleure ouverture vers le Japon sur la Topband. Nous avons eu deux autres soirs avec Kp=0 où nous avons pu contacter quelques JA supplémentaires ainsi que quelques stations de Russie Asiatique, de Malaisie et d’Australie.   Le phénomène le plus remarquable a été l’impact d’une variation, même minime, de l’index Kp sur la propagation. Une valeur de zéro était excellente alors qu’une valeur de 1, généralement très bonne sous nos latitudes moyennes rendait la bande beaucoup plus bruyante. Toute valeur au dessus de 2 voulait dire que nous pouvions difficilement contacter les stations Européennes. Pendant notre séjour, les conditions ont été très bonnes entre le 11 et le 13 janvier, mais une tempête magnétique majeure a eu lieu le 14 janvier avec Kp=5. Ceci a rendu le 80 et le 160m très instables pendant plusieurs jours, rendant tout contact hors de l’Europe très difficile. Les conditions sont à nouveau redevenues bonnes entre le 20 et le 22 janvier.

 

Quoi d’autre ?

{morfeo 16}

Pendant une expédition comme celle-là, il se passe toujours beaucoup de bonnes et quelques mauvaises choses à côté des pile-ups. Voici un rapide résumé de celles-ci :

 

Le 13 janvier, nous avons célébré le 65e anniversaire de Gérard/F2VX. Nous avons fait une fête le soir avec un spectacle de danse en guise de cadeau. Nous avons également passé l’information via Internet et un grand nombre de stations qu’il a contacté ce jour là lui ont souhaité un bon anniversaire sur l’air.
Le 14 janvier, lors d’une de nos vacations de nuit, alors que Gérard/F2JD opérait sur 160m, il a remarqué de légers à-coups sur son câble coaxial. Après quelques secondes, quelqu’un a tiré très fort sur le câble emportant l’ampli auquel il était raccordé. Michel/FM5CD a juste eu le temps de sauter de sa chaise pour le rattraper avant qu’il ne tombe par terre. Après une courte inspection à l’extérieur de l’hôtel, tout semblait normal et l’antenne n’était pas endommagée. Suite à cet incident, Gilles a demandé à un de ses employés de garder nos antennes situées à l’extérieur de l’enceinte de l’hôtel la nuit.

 

Le 16 janvier, nous avons eu le plaisir de contacter notre ami Alain/F6ABN qui était à Ouagadougou. Il opérait depuis le nouveau radioclub de la ville et donnait des cours de formation aux officiels Burkinabé que nous avions rencontré l’année précédente lors de notre activité XT2C. Plusieurs d’entre eux ont maintenant un indicatif et sont régulièrement actifs depuis le radioclub.
Plusieurs membres de l’équipe (F8BUI, F8BJI, F5TVG, N6OX) sont sortis deux fois en mer pour aller pêcher avec Gilles et ont ramené des quantités impressionnantes de poissons. Grace à eux nous avons eu du poisson au menu tous les jours !
Parmi les quelques problèmes techniques que nous avons rencontrés, nous avons eu des retours HF sur le micro-casque de la station SSB donnant parfois une voix métallique à l’opérateur. Nous avons mis un certain temps pour trouver la cause du problème qui a ensuite été rapidement résolu en changeant de micro casque. Un problème plus vicieux était sur notre station FLEX où un relais utilisé pour commuter le PTT de l’ampli était défectueux. Ceci avait pour effet de tronquer le premier point de chaque transmission CW, engendrant ainsi de nombreuses répétitions inutiles. Nous n’avons malheureusement pas pu résoudre ce problème localement.
Enfin, notre connexion Internet n’était pas fiable. Nous avons eu de nombreuses coupures du faisceau satellite nous privant ainsi de toute possibilité de mise à jour du site web ou du log en ligne. Cependant ceci n’était pas vraiment grave et en Afrique, tout fini par s’arranger, avec beaucoup de patience… Certaines de nos épouses étaient plus inquiètes car nous n’avons pas eu d’accès Internet pendant les deux premiers jours de notre séjour et nous ne pouvions pas dire que nous étions bien arrivés. Il n’y a pas d’accord de réciprocité GSM entre la France et la Guinée-Bissau et la téléphonie IP était notre seul moyen de communication avec nos familles… lorsque cela fonctionnait !

Le retour – Conclusion

Lundi 2 janvier, nous avons arrêté tout le trafic vers 1500z pour démonter la grande majorité des antennes. Nous avions décidé de ne conserver que les antennes légères permettant de trafiquer sur 160/80/40m ainsi qu’un sloper sur 30m pour notre dernière nuit. Ceci a été fait en à peine deux heures et nous avons repris le trafic à la tombée de la nuit. Les pile-ups étaient aussi forts qu’au premier jour. Le Mardi matin après le petit déjeuner, nous nous sommes séparés en groupes pour ranger les stations et les dernières antennes afin que tout soit chargé dans le bateau pour 1100z. Tout le monde était très calme sur le trajet du retour. A nouveau notre enregistrement et nos deux vols retour ont été sans encombre. Comme nous avions 6 heures de correspondance à Dakar, notre ami Daniel/6W7RP et son épouse qui vivent toute l’année au Sénégal nous ont rejoints à l’aéroport pour une soirée inoubliable.
Nous sommes arrivés à Paris tôt le Mercredi 23 janvier, où nous avons retrouvé nos proches avec joie et des températures 30°C plus basses qu’à Bubaque avec beaucoup plus de difficultés… Après un dernier au-revoir, tout le monde s’est séparé. Cela à pris encore quelques jours pour que nos amis Nord Américains regagnent leurs foyers.
Nous avons fait 61,939 QSO en 10 jours avec 19,213 indicatifs différents situés dans 178 entités DXCC. Nous n’avons eu aucun problème de santé ou panne matérielle sérieuse et tout a été comme prévu… sauf la propagation. Le plus gros du travail post-DXpedition est maintenant achevé. Franck/F5TVG a déjà répondu à la majorité des demandes de QSL en direct et commence à recevoir les premières demandes via bureau. Notre log est chargé sur Logbook Of The World (LoTW). Nous avons passé deux semaines inoubliables entre copains, nous avons appris de nouvelles choses, avons amélioré notre technique et travaillons déjà sur notre prochain voyage en 2009. Nous espérons que vous avez eu autant de plaisir à nous contacter que nous de organiser cette expédition et espérons vous retrouver très bientôt dans les pile-ups.

Bande CW SSB FM PSK31 RTTY SSTV TOTAL
10 577 315 25   6   923
12 691 1378         2069
15 3276 3618   126 836 37 7893
17 3830 3967   54 1699   9550
20 5698 7105   359 2393   15555
30 5193     629 2114   7936
40 3479 4245   129 1272   9125
80 2125 2767     628   5520
160 2856 512         3368
TOTAL 27725 23907 25 1297 8948 37 61939

Nous remercions nos sponsors pour leur support : Spiderbeam, Clipperton DX Club, UFT, NCDXF, INDEXA, EUDXF, Chiltern DX Club, GDXF, LSDXA, AXA, Mastrant, WinTest, DX Engineering, REF-Union, RF-Ham, RIT, la ville de Provins ainsi que les nombreux donateurs individuels listés sur notre site Internet. Nous dédions enfin cette expédition à notre regretté ami Gilles Siméon F5PVF, membre très actif de F6KOP, qui nous a quitté quelques mois avant notre départ.

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